Repenser nos choix pour s’extraire de nos propres limites

Cet article s’inscrit dans une série qui se propose d’explorer en profondeur le concept des limites.
Nous explorons depuis déjà plusieurs épisodes comment agir face aux limites écologiques et planétaires qui s’imposent désormais à nous.

Couverture du livre "du projet innovant au management responsable de l'innovation"

Ce billet prolonge les travaux de recherche documentés dans l’ouvrage « Du projet innovation au management responsable de l’innovation« .

Cette pratique consciente de l’innovation propose de tenir compte des impacts potentiels, positifs et négatifs à court et long terme, de toute innovation.

« Un tel sujet, très peu abordé ni pas encore vraiment enseigné, méritait d’être approfondi et surtout documenté par les pratiques en cours.

Une très belle synthèse riche de nombreux apports qui au final est très opérationnelle, ce qui est assez rare. » Antoine

90 pages à parcourir pour découvrir les enjeux de l’innovation responsable et devenir #inno-responsable.

Disponible en formats papier et électronique


Sismique, le podcast de Julien Devaureix

Sismique donne la parole à ceux qui pensent la complexité du monde, à ceux qui explorent les forces à l’œuvre et leurs enjeux, à ceux qui sont déjà dans l’action pour préparer demain, bref à tous ceux qui peuvent nous aider à trouver des débuts de réponses à ces questions essentielles… pour nous aider à agir en conscience.

Julien Devaureix souhaite contribuer à la prise de recul, à la diffusion de la pensée ouverte et complexe, au débat d’idées, afin que l’on puisse décider en conscience de ce que l’on souhaite vivre demain.

Plus d’information : https://www.sismique.fr

Alexandre Monin chez Sismique

Dans cet épisode, Julien Devaureix discute avec Alexandre Monin, un philosophe et expert en numérique et en durabilité. Ils explorent les questions liées à la gestion de nos structures et infrastructures actuelles, qui ne seront peut-être plus viables dans un futur avec moins de ressources. Ils réfléchissent également à l’héritage que nous laisserons aux générations futures et à la nécessité de repenser nos modes de production et de consommation. Notamment !

Interview enregistrée le 19 mai 2023, durée 1h06, disponible ici : https://www.sismique.fr/post/120-a-quoi-renoncer-penser-notre-heritage-alexandre-monnin


AVERTISSEMENT : Cet article, même s'il s'appuie largement sur l'interview d'Alexandre Monin par Julien Davaureix dans le cadre du podcast Sismique, est interprété (subjectivement) et rédigé (sélectivement) sous la seule responsabilité d'innovecteur.

Aller au-delà de nos propres limites

Biais de l’addition

Des travaux de recherche en sciences cognitives tendent à montrer que, lorsque nous pensons le changement et la transformation du monde, nous avons un biais « additif » et un anti-biais « soustractif ».

L’humain a une inclinaison, une facilité à penser le changement par l’addition, c’est-à-dire en ajoutant un nouveau projet ou un nouveau dispositif. Mais on n’arrive pas à penser la transformation par la soustraction, l’arrêt d’un projet ou la fermeture d’une installation. C’est le point de départ de la démonstration d’Alexandre Monin.

Comme on n’arrive pas à le penser par la soustraction, on n’a pas de pédagogie de la soustraction, on n’a pas de pédagogie du renoncement et d’ailleurs il n’y a pas d’incitation à le faire.

En prenant l’exemple des chercheurs, tout est fait pour justifier un financement pour un nouveau projet. Mais à aucun moment on ne se pose la question de la validité de ces projets, de leur pérennité, de leur bien-fondé. On n’évalue jamais les conséquences du projet, on reste sur le projet en tant que tel.

Et dans la même veine, on a tendance à la survalorisation des résultats positifs et une sous-valorisation voire une dévalorisation des résultats négatifs. Alors qu’au contraire, savoir qu’une piste envisagée est finalement une porte fermée est riche d’enseignements.

Plus d’information sur les apprentissages issus des projets innovants dans ce billet

Bien entendu, ce qui est vrai dans la recherche l’est également dans le monde des entreprises : on valorise l’initiative, on valorise la nouveauté essentiellement car il y a les promesses de croissance économique.

Selon Alexandre Monin, l’économie repose sur ces potentialités et chaque promesse relance un cycle d’investissement. C’est une économie qu’il qualifie de spéculative car c’est un financement sur des promesses.

Pas des promesses qui doivent livrer véritablement des résultats car il n’y a pas d’évaluation des projets. Seulement une promesse sur le projet en tant que tel.

Une ligne de crête

Face à ces polycrises, les modèles (technologiques, politiques, civilisationnels) existants sont inopérants selon Alexandre Monin : Il faut s’en défaire radicalement.

Il existe également une tentation d’aller plus loin dans le « business as usual » et de finalement de dire : « ces modèles sont là, c’est ce qui nous a permis de sortir des gens de la pauvreté, etc. Et donc il faut au contraire les maintenir et aller plus loin ».

Pour Alexandre Monin, la question est la suivante : comment est-ce qu’on arrive à trouver une ligne de crête entre :

a) on sort d’un coup de nos dépendances à des éléments jugés problématiques

b) on maintient effectivement le business as usual.

Parce qu’aucune de ces deux alternatives n’est viable en réalité, juge Alexandre Monin.

Aristote proposait une voie entre deux écueils, une voie de passage qui cherchait à s’éloigner de deux possibilités non désirables.

Nous sommes dans la même situation : comment s’éloigner de ces deux écueils qui ne sont pas tenables ?

La difficulté actuelle, c’est que nous n’avons pas forcément les représentations, les savoirs, les imaginaires, les technologies, les pratiques pour le faire. C’est pour ça qu’il faut les réinventer très rapidement.

Transition vs redirection

D’après Alexandre Monin, la notion de transition – qui était déjà une forme de radicalisation de l’approche antérieure comme la croissance verte, le développement durable – ne veut plus forcément dire grand-chose aujourd’hui.

Tous ces paradigmes promettent de maintenir l’existant à condition de le rendre plus efficient ou de le verdir. Verdir nos technologies, nos infrastructures, nos modèles, nos organisations.

Mais on réfléchit finalement assez peu à ne pas verdir ce qui ne doit pas l’être.

Avant de poser la question de verdir un certain nombre de choses, il faut se poser la question de ce qui aujourd’hui nuit à l’habitabilité de la Terre. Et ça, comment le remet-on en cause, interroge Alexandre Monin.

Il ne s’agit plus de verdir mais de le remettre en cause, éventuellement de fermer, de démanteler et d’opérer un certain nombre d’arbitrages si nous considérons qu’on ne pourra pas tout maintenir demain.

Bref, il faut envisager cette stratégie comme une redirection. Si on ne doit pas tout maintenir, à quelles conditions opère-t-on ces arbitrages ?

Personne ne veut arbitrer, parce que la personne qui arbitre fait l’objet de toutes les critiques. Donc personne ne veut arbitrer alors même que notre époque nous impose des choix.

La redirection écologique met l’accent sur cette notion d’arbitrage et sur les conditions d’arbitrage pour mener ces opérations dans de bonnes conditions.

Sobriété

On peut envisager la notion de renoncement en lien avec cette question d’arbitrage, de fermeture, etc.

Ça ne veut pas dire pour autant qu’il ne faudrait plus du tout d’invention, de technologie. Souvent, dans le cadrage du débat, on a une opposition entre l’efficience et la sobriété.

Pour Alexandre Monin, l’efficience qui pose un problème, c’est celle qui rend efficients des dispositifs qui ne devraient pas l’être ou qui posent des effets secondaires.

Et on oppose cela à la sobriété en disant qu’il faudrait basculer vers une vraie forme de sobriété.

Mais si on met tout sur les épaules de la sobriété sans en même temps bénéficier d’une efficience contrôlé, cela engendrera une bascule extrêmement brutale.

Pour Alexandre Monin, il faut se préserver du solutionnisme technologique (l’efficience) et du solutionnisme politique (sobriété).

Nous devons abandonner le solutionnisme simpliste, que ce soit par la technologie ou par la politique. Cela exigera des efforts concertés et une réinvention rapide de nos pratiques et de nos modes de pensée.


Couverture du livre "du projet innovant au management responsable de l'innovation"

Ce billet s’inscrit dans les travaux de recherche documentés dans l’ouvrage « Du projet innovation au management responsable de l’innovation« .

Cette pratique consciente de l’innovation propose de tenir compte des impacts potentiels, positifs et négatifs à court et long terme, de toute innovation.

« Un tel sujet, très peu abordé ni pas encore vraiment enseigné, méritait d’être approfondi et surtout documenté par les pratiques en cours.

Une très belle synthèse riche de nombreux apports qui au final est très opérationnelle, ce qui est assez rare. » Antoine

90 pages à parcourir pour découvrir les enjeux de l’innovation responsable et devenir #inno-responsable.

Disponible en formats papier et électronique