L’innovation est-elle normable ?

La lunière, au fond

Je vous ai récemment demandé quels articles vous souhaiteriez lire sur http://www.innovecteur.com

Parmi toutes vos réponses (merci !), voici le premier billet issu de ce vote « la prochaine norme ISO gestion de l’innovation ».

L’ISO – organisation internationale de normalisation – est train d’élaborer des normes en matière d’innovation. Nom de code : TC 279 innovation management !

En tant que responsable de l’innovation dans votre entreprise, est-ce une bonne nouvelle, une opportunité, pour vous et votre démarche ?

Vous en saurez davantage pour vous faire votre propre opinion.

Innovation et norme ISO, est-ce compatible ?

 1. Pour certains, l’innovation n’est clairement pas normable

Extraits de quelques réflexions :

  • Norme et créativité, c’est complètement antinomique !
  • Comment uniformiser les richesses individuelles des collaborateurs ?
  • Une norme, indépendante du contexte dans lequel l’entreprise se trouve ? Impossible
  • Tout existe déjà en méthodes de management de projet

Certains vont encore plus loin. Déjà, les normes qualité freinent les innovations radicales. Alors, une norme sur l’innovation ne pourra être que plus néfaste.

Mary Nenner et Michael Tushman ont étudié l’influence de la norme ISO 9000 sur la capacité d’innovation des entreprises. La capacité d’innovation a été mesurée par le nombre et le type de brevets déposés par les entreprises.

Les deux chercheurs distinguent :

  • les innovations incrémentales, qui s’appuient sur des connaissances qui existent déjà dans l’entreprise … mais dont la portée reste limitée et
  • les innovations radicales, qui nécessitent de développer de nouvelles connaissances … mais dont l’influence peut être considérable

Leur étude montre que les entreprises qui ont mis en place la norme ISO 9000 réalisent  moins d’innovations radicales que les autres. A l’inverse, on peut noter qu’elles réalisent plus d’innovations incrémentales que les autres.

Pour Jérôme Barthélemy, professeur de stratégie et de management à l’ESSEC, l’explication est la suivante :

Pour développer des innovations radicales, l’entreprise doit expérimenter. Difficile – culturellement – de le faire alors que l’on a rationalisé ses processus.

Par contre, l’innovation incrémentale est cohérente avec la philosophie qualité : amélioration continue, petits pas, …progrès permanent.

Un exemple récent tend à accréditer la thèse qu’une démarche qualité empêcherait une entreprise de se renouveler.

C’est Nokia, qui en 2000, gagnait le prix européen de la qualité (EFQM), la plus haute marche du podium qualité. Or, quelques 10 années plus tard, cette société, distancée par les autres acteurs de la téléphonie, était rachetée par Microsoft,

 

2. Au contraire, pour l’ISO et bien d’autres, l’innovation est un processus comme les autres qui peut tout à fait être modélisé.

En effet, le comité technique 279 de l’ISO – dont le leadership a été attribué à la France – mène des travaux dans 4 directions :

  1. Système de management de l’innovation
  2. Terminologie
  3. Outils et méthodes (le leadership est Suisse)
  4. Evaluation

Publication officielle prévue en  2016.

Mais l’ISO ne fait que répondre à une pression venant de bien d’autres pays, qui avaient déjà, au niveau national, produit des textes en matière d’innovation.

On peut déjà parler de l’AFNOR, en France, a notamment publié le FD X50-271, le guide de mise en œuvre d’une démarche de management de l’innovation.

http://www.afnor.org/metiers/normalisation/cos/management-et-services/commissions

http://www.boutique.afnor.org/recherche/resultats/mot/innovation

Le comité Européen de normalisation sur le management de l’innovation (CEN TC 389), quant à lui, mène des réflexions sur la collaboration et la créativité, le design thinking et bien sûr, le système de management de l’innovation.

C’est sans parler des normes Allemandes, Anglaises, Brésiliennes, Colombiennes, Espagnoles, Irlandaises, Portugaise et Russes !

Vous allez me dire que c’est le métier des organismes de normalisation de normaliser tout, tout le temps. Certes. Mais le secteur privé l’a également fait :

Des cabinets de conseil, pour le compte de leurs clients et des entreprises, pour le compte de leur propre filiale :

  • Accenture Performance Innovation Engine
  • A.T. Kearney House of Innovation
  • Arthur D. Little´s Innovation Excellence Model
  • Le Centre pour l’Innovation et le Développement (Generalitat de Catalunya, Department of Industry, Trade and Tourism, Centre for Innovation and Business Development CIDEM)
  • Keith Goffin & Rick Mitchell Innovation Pentathlon framework
  • Philips Process Survey Tool “innovation to market”

 

3. Alors, finalement, comment se positionner face à ces nouvelles normes ?

1. Tout d’abord, attendons d’avoir les textes en main. Et de juger sur pièce, de façon objective.

2. Et puis, n’attendons pas non plus de ces futures normes une arme secrète, inconnue jusque-là ! Ce sera, au mieux, la compilation des meilleures pratiques. Un très grand nombre d’entreprises a déjà des réussites spectaculaires en matière d’innovation, sans norme

3. Un peu d’anticipation : faudra-t-il juger la norme ou son utilisation, souvent subvertie par une application totalisante, jusqu’au-boutiste ?

Qui n’a jamais dû subir des tableaux de bord hyper détaillés et inutilisables, des cartographies de processus poussant jusqu’à un niveau de détail provoquant l’allergie ?

4. Pour moi, la norme – comme toute méthode, comme tout modèle mentale – est indispensable. Ce qui en fait la valeur, c’est sa capacité à nous aider à libérer notre potentiel de créativité, en nous proposant un fil rouge.

5. Il me semble donc utile, comme responsable innovation, de décider de s’équiper de cette future norme comme d’une arme légère, simple, non pas pour répondre à toutes les questions, mais pour aider à passer à l’action, à engager le mouvement.

  • Pour les anxieux et les distraits, elles sont parfaites car elles servent de check-list.
  • Pour les autres, j’encourage d’envisager de voir dans quelle mesure cette norme valorisera les méthodes que vous utilisez déjà. Design thinking, Lean start-up, ateliers de créativité. Surtout, conservez les et continuer à les améliorer !

Et vous, pour votre entreprise, allez-vous acquérir ces nouvelles normes, dès leur publication ?

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