Cet article s’inscrit dans une série qui se propose d’explorer en profondeur le concept des limites.
Nous allons explorer ce qu’elles signifient pour notre espèce, le rôle central qu’elles jouent dans les domaines scientifiques et dans nos activités quotidiennes, leur dimension spirituelle, et surtout, l’importance fondamentale qu’elles revêtent pour la condition humaine.
Dans cet article, parlons de la croissance économique sous la forme d’un procès fictif. Et l’accusée, c’est la croissance !
Point de départ : La croissance économique a créé de la richesse, apporté du bien-être, produit de l’innovation, permis d’effacer la dette. Mais, selon ses détracteurs, de solution elle est devenue problème. Pour certains, en s’affranchissant des limites de la planète et en bénéficiant d’abord aux privilégiés, elle est devenue une menace existentielle. Pour d’autres, moyennant une plus juste répartition et une meilleure maîtrise, elle peut continuer à déployer ses bienfaits.
- Faut-il condamner la croissance ?
- Faut-il au contraire la promouvoir ?
- À quelles conditions ?
Le jury tranchera. Le jury, c’est vous !
Questions au jury
Les Jurés sont priés de répondre aux questions suivantes :
- La croissance participe-t-elle au dépassement des limites planétaires et met-elle en péril l’environnement, la biodiversité et le climat ?
- La croissance participe-t-elle à l’exploitation économique d’êtres humains, y compris d’enfants, dans certaines régions du monde ?
- La croissance met-elle délibérément et astucieusement en danger la santé et la vie d’importantes populations civiles dans le monde ?
- La croissance s’est-elle rendue coupable d’escroquerie et de crime contre l’humanité ?
- En cas de réponse affirmative à la question 4, adhérez-vous à la peine de réclusion à vie requise par l’accusateur public ?
- En cas de réponse affirmative à la question 4, adhérez-vous à la mesure thérapeutique dite de sobriété requise par l’accusateur public ?
Cet article vous fournit des arguments qui accuse & qui défende la croissance économique. A vous de vous forger votre avis.

Ce billet prolonge les travaux de recherche documentés dans l’ouvrage « Du projet innovation au management responsable de l’innovation« .
Cette pratique consciente de l’innovation propose de tenir compte des impacts potentiels, positifs et négatifs à court et long terme, de toute innovation.
« Un tel sujet, très peu abordé ni pas encore vraiment enseigné, méritait d’être approfondi et surtout documenté par les pratiques en cours.
Une très belle synthèse riche de nombreux apports qui au final est très opérationnelle, ce qui est assez rare. » Antoine
90 pages à parcourir pour découvrir les enjeux de l’innovation responsable et devenir #inno-responsable.
Disponible en formats papier et électronique
L’Association Disputons-Nous (ADN)
Association à but non lucratif, régie par les articles 60 et suivants du code civil suisse, elle est politiquement et confessionnellement neutre. Elle a pour but de concevoir, de lancer, de financer et de coordonner des évènements (débats, rencontres, disputes, etc..) sur des grandes questions de société. Plus d’info : https://disputons-nous.ch/
Les Disputes de Rumine (4 nov. 2023)
Tout, tout de suite.
Plus on en avait, plus on en voulait : je prends, je consomme, je jouis, je jette. La terre a dit non.
Nous nous découvrons alors partie du vivant, menacés comme lui, vulnérables comme tout ce qui vit. Ce qui était légitime, assuré, garanti, est mis en doute ou s’effondre. Nous entrons dans un territoire inconnu.
Deux exigences existentielles nous imposent de changer : le respect des limites de notre planète et le respect de l’équité. C’est cela ou le chaos. Mais rien ne change sans souffrances, sans peurs, sans pertes. Qui sera du bon côté de l’histoire ? Que sera l’histoire ? Nul ne sait. Car le changement est saut dans l’inconnu, conflit de vérités, de valeurs, épreuve de force, construction conflictuelle d’un nouvel ordre.
Mais il est aussi espoir, ouverture aux autres, découvertes inattendues. Il est fragile, se nourrit du chaos et de la mémoire des bonheurs possibles. Il ne se gouverne pas, prend forme quand l’impossibilité du présent devient désir d’avenir. Quand des gens sont capables d’expérimenter et de s’unir autour d’un nouveau récit du futur. Quand des femmes, des hommes, longtemps prisonniers de l’ordre des choses, choisissent l’action plutôt que la résignation, s’écoutent, se parlent, se disputent, osent imaginer les règles nouvelles qui les feront vivre ensemble.
Pourquoi des procès ?
Les procès pénaux mettent en scène des conflits de vérité. Dans le prétoire, on tente de convaincre, on juge, on condamne, on punit. Parfois on concilie, réconcilie ou répare. C’est tantôt tragique, tantôt misérable, tantôt joyeux, comme une comédie humaine. C’est là, en participant à l’exercice du droit, que l’on peut interroger les règles qui nous gouvernent et imaginer celles d’une terre habitable.
Sur le banc des accusés : la croissance
Le procès du Tribunal de Rumine est un procès fictif joué par de vrais accusés et par de vrais avocates et avocats qui endossent les costumes de Président, de Procureur et de Défenseur. Il met en question une institution qui occupe une place importante dans notre vie quotidienne : la croissance. Pour les uns, elle a échappé à tout contrôle. Elle n’est plus au service des populations, ne répond plus aux conditions d’un monde habitable et doit donc être abolie ou profondément transformée. Pour les autres, il suffira de quelques ajustements pour qu’elle puisse répondre aux attentes des gens. Le procès de Rumine permet de comprendre puis de juger.
Un vrai procès fictif
D’entrée de cause, la lecture des Actes (acte d’accusation, mémoire de défense, questions du Président au Jury), donne les enjeux et met en cause l’accusé. Suit l’instruction qui permet d’interroger l’accusé et quelques témoins. Vient le réquisitoire, la plaidoirie, les dernières paroles de l’accusé. Jusqu’au bout, le verdict est incertain. Quelle sera la peine ? La grâce sera-t-elle accordée ? Le jugement, résultant des réponses du public aux questions du président, met un terme au procès.
AVERTISSEMENT : Cet article, même s'il s'appuie largement sur les documents préparés et publiés par l'Association Disputons-Nous lors des Procès de Rumine 2023, est interprété (subjectivement) et rédigé (sélectivement) sous la seule responsabilité d'innovecteur.
1. Acte d’accusation
Enquête dirigée contre la Croissance économique des pays industrialisés (ci-après la
Croissance) entendue comme une augmentation indéfinie du PIB, pour escroquerie, crime
contre l’humanité.
- Identité complète de la prévenue : La Croissance du PIB, née en 1932, domiciliée en Occident et dans quelques économies émergentes,
- Faits reprochés : La Croissance est accusée d’avoir causé, durant les septante dernières années, par ses agissements, différents préjudices sociaux, environnementaux et sur la santé humaine, tant dans les pays industrialisés que dans les pays émergents. Par sa folie, la Croissance a entrainé la population mondiale dans une course effrénée et aveugle, qui a mené l’humanité au bord du précipice
Exposé des faits
I. Dépassement des limites planétaires et conséquences environnementales
La Croissance a invariablement coïncidé avec une augmentation de la consommation de matières et d’énergie. Cette consommation a engendré une détérioration de l’environnement naturel, entraînant la destruction d’écosystèmes cruciaux. Ces dommages sont dus à des prélèvements excessifs, ainsi qu’à des rejets croissants tels que les déchets et la pollution.
Cette pratique a conduit à la perturbation des équilibres écologiques, incluant le climat, le cycle de l’eau, le cycle de l’azote, ainsi que la réduction de la biodiversité. De plus, elle a engendré l’épuisement de ressources naturelles renouvelables telles que les forêts, les eaux et les poissons, ainsi que de ressources non renouvelables comme les minerais, tout en occasionnant des dégradations des sols.
Ce préjudice environnemental a résulté en une augmentation de la fréquence et de l’intensité d’événements météorologiques dévastateurs, comme les tornades, les sécheresses, les inondations, et les incendies massifs. En outre, il a alimenté la recrudescence d’épidémies, la désertification des terres, la baisse des rendements agricoles, entraînant des famines, des tensions sur les prix, des déplacements de populations, ainsi que des conflits pour l’accès aux ressources. Ces effets ont considérablement dégradé les conditions de vie sur Terre et ont entraîné de multiples violations des droits de l’homme.
II. Croissance basée sur une énergie abondante et peu coûteuse
La prospérité des nations industrialisées a largement découlé de l’exploitation des énergies fossiles, telles que le pétrole, le gaz et le charbon. Aujourd’hui, les rendements énergétiques sont en déclin, et tout progrès en efficacité est anéanti par l’effet rebond. Dans ces circonstances, une dissociation entre la croissance du PIB et l’impact environnemental semble hautement improbable.
III. Conséquences sociales
Bien que la Croissance ait contribué à sortir certaines populations de l’extrême pauvreté, elle présente de plus en plus d’aspects contreproductifs, délibérément occultés au public et ignorés dans le discours politique. La Croissance favorise une élite restreinte, qui n’a aucun intérêt à modifier le système en sa faveur. Ceci a engendré une classe de dirigeants économiques et politiques contournant les processus démocratiques.
Dans de nombreuses régions du globe, particulièrement dans les usines mondiales, les conditions de travail sont devenues inhumaines, équivalant parfois à une forme d’esclavage moderne, même pour les enfants, afin de satisfaire nos nations en produits superflus. De plus, des populations entières sont déplacées, parfois de force, pour l’exploitation minière, y compris en Europe, entraînant la destruction d’écosystèmes.
En outre, on constate une hausse substantielle du burn-out et d’autres maladies professionnelles, résultant de conditions de travail plus rigides, d’un accroissement du stress et d’un rythme de travail accéléré pour les employés, qui sont constamment contraints de répondre à l’impératif de croissance. Cette situation se traduit également par une augmentation des emplois dépourvus de sens.
IV. Absurdité du système
L’économiste Kenneth Boulding aurait dit : « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » La manière dont la Croissance est mesurée est absurde, le PIB ignorant les distinctions entre des activités économiques nuisibles et des activités bénéfiques. Par exemple, la vente d’armes de guerre accroît le PIB. La Croissance engendre des solutions aux problèmes qu’elle a elle-même créés, les présentant comme des progrès ou des activités économiques désirables. De plus, elle est devenue une fin en soi, au lieu d’être un moyen au service de fins décidées démocratiquement, et ce détournement de la finalité essentielle de la vie sociale et économique, à savoir le bien-être des populations, la justice et la protection de notre planète.
V. Circonstances aggravantes
Depuis le rapport Meadows en 1972, la situation est connue des décideurs politiques et économiques. La Croissance ne peut donc prétendre ignorer les dommages qu’elle provoque ni les risques encourus par l’humanité. Elle persiste dans ses actes dommageables et destructeurs en toute connaissance de cause et de manière délibérée. Aucune circonstance atténuante ne peut être retenue compte tenu de l’étendue des dégâts causés.
VI. Expertise psychiatrique
L’accusée souffre d’une addiction au charbon et au pétrole, ayant commis les infractions reprochées en lien avec cette dépendance. Le risque de récidive est jugé concret et élevé. Cependant, l’accusée est considérée capable de modifier son comportement, de se remettre en question, et de suivre un traitement. Les experts recommandent une thérapie de désintoxication.
Pour l’ensemble de ces actes et chacun de ces faits, les infractions suivantes paraissent avoir été commises par la Croissance
Art. 146 Escroquerie
- Quiconque, dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement
illégitime, induit astucieusement en erreur une personne par des affirmations fallacieuses ou
par la dissimulation de faits vrais ou la conforte astucieusement dans son erreur et
détermine de la sorte la victime à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires ou à
ceux d’un tiers, est puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine
pécuniaire. - Si l’auteur fait métier de l’escroquerie, il est puni d’une peine privative de liberté de six
mois à dix ans.
Art 264a Crimes contre l’humanité
1. Est puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au moins quiconque, dans le cadre
d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre la
population civile :
- c. dispose d’une personne en s’arrogeant sur elle un droit de propriété, notamment dans le contexte de la traite d’êtres humains, de l’exploitation sexuelle ou du travail forcé ;
- h. déporte des personnes de la région où elles se trouvent légalement ou les transfère de force ;
- i. porte gravement atteinte aux droits fondamentaux des membres d’un groupe de personnes en les privant ou en les dépouillant de ces droits pour des motifs politiques, raciaux, ethniques, religieux ou sociaux ou pour tout autre motif contraire au droit international, en relation avec un des actes visés aux titres 12bis et 12ter ou dans le but d’opprimer ou de dominer systématiquement un groupe racial ;
- j. commet tout autre acte d’une gravité comparable à celle des crimes visés par le présent alinéa et inflige ainsi à une personne de grandes souffrances ou porte gravement atteinte à son intégrité corporelle ou à sa santé physique ou psychique.
2. Si l’acte est particulièrement grave, notamment s’il touche un grand nombre de personnes
ou que son auteur agit avec cruauté, le juge peut prononcer une peine privative de liberté à
vie.
Réquisitions du Ministère public
I. Condamner la Croissance à une peine privative de liberté à vie assortie d’une mesure thérapeutique au sens de l’art. 60 CP pour escroquerie et crimes contre l’humanité.
II. Ordonner le séquestre des gains obtenus de façon illicite et l’allocation desdits gains aux générations futures à des fins de réparation.
2. Défense
La suite dans le prochain billet
3. Rappel des questions :
1. La croissance participe-t-elle au dépassement des limites planétaires et met-elle en péril l’environnement, la biodiversité et le climat ?
2. La croissance participe-t-elle à l’exploitation économique d’êtres humains, y compris d’enfants, dans certaines régions du monde ?
3. La croissance met-elle délibérément et astucieusement en danger la santé et la vie d’importantes populations civiles dans le monde ?
4. La croissance s’est-elle rendue coupable d’escroquerie et de crime contre l’humanité ?
5. En cas de réponse affirmative à la question 4, adhérez-vous à la peine de réclusion à vie requise par l’accusateur public ?
6. En cas de réponse affirmative à la question 4, adhérez-vous à la mesure thérapeutique dite de sobriété requise par l’accusateur public ?

Ce billet s’inscrit dans les travaux de recherche documentés dans l’ouvrage « Du projet innovation au management responsable de l’innovation« .
Cette pratique consciente de l’innovation propose de tenir compte des impacts potentiels, positifs et négatifs à court et long terme, de toute innovation.
« Un tel sujet, très peu abordé ni pas encore vraiment enseigné, méritait d’être approfondi et surtout documenté par les pratiques en cours.
Une très belle synthèse riche de nombreux apports qui au final est très opérationnelle, ce qui est assez rare. » Antoine
90 pages à parcourir pour découvrir les enjeux de l’innovation responsable et devenir #inno-responsable.
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