L’innovation vue sous l’angle de la philosophie

Paysage évoquant le calme

La philosophie permet d’apporter sur l’innovation une dimension de culture générale qui peut également présenter un intérêt opérationnel.

Si vous souhaitez être plus conscient de tous les enjeux liés à l’innovation, alors ce billet, inspiré du MOOC « Innovation et Société » devrait vous intéresser. Un MOOC – massive open online course – est une formation en ligne ouverte à tous : https://www.france-universite-numerique-mooc.fr/cours/

Ce billet s’appuie également sur un document fort intéressant Jardins extraordinaires / Les Conseillers Pédagogiques Départementaux en Arts Visuels / Inspection Académique des Alpes Maritimes : http://www.ac-nice.fr/ia06/eac/file/PDFAV/jardins%20extraordinaires.pdf

L’innovation vue sous l’angle de la philosophie

L’innovation, en tant que thématique sociétale, promet d’améliorer la société et de tendre vers un idéal utopique :

  • L’innovation peut-elle vraiment améliorer la société ?

  • Qu’est-ce qu’une amélioration sociale ?

  • Autrefois, l’utopie portait ces thèmes. Qu’en est-il aujourd’hui ?

En quoi une innovation peut-elle, sur le plan imaginaire, alimenter un projet utopique ?

L’utopie est la volonté de constituer les conditions pour un monde meilleur, une société où la raison nourrirait les connaissances scientifiques et les mettrait à la disposition des gens d’une manière équitable.

L’utopie, inventée à la Renaissance par Thomas More dans un contexte d’effervescence intellectuelle et de mutations sociales, se nourrit donc d’un imaginaire de l’égalité.

En tant que telle, elle a fourni à l’histoire de l’Europe une dynamique qui a débouché sur les révolutions politiques modernes des XVII et XVIIIèmes siècles.

L’innovation que présente le film de Britta Riley s’inscrit dans la perspective de l’agriculture biologique, c’est-à-dire d’une conception de l’agriculture dans laquelle les produits sont obtenus de façon saine, sans impact ni pour l’agriculteur, ni pour les résidents proches des zones d’agriculture, ni pour les consommateurs.

Cette conception de l’agriculture s’inscrit dans la volonté de prendre garde aux conséquences environnementales de la production et du transport, ainsi qu’à ses conditions sociales.

Elle modifie aussi le rapport de l’homme et de la nature d’une part, et celui des hommes entre eux de l’autre.

Par sa capacité à redéfinir les buts et modes de l’activité productive, l’agriculture biologique entre donc dans la voie autrefois ouverte par l’utopie, dans sa dimension sociale et politique : donner accès à tous à une alimentation saine, obtenue par des procédés respectueux des hommes et de la nature.

Concernant le plan de l’imaginaire, on peut affirmer que le film se caractérise par un fort pouvoir évocateur quant aux possibilités recelées par la redéfinition de l’agriculture dans un sens « biologique ».

Ces possibilités nouvelles concernent à la fois les usages et les représentations mentales des citoyens, susceptibles d’être inspirées par cette innovation (un jardin vertical), et ce pour plusieurs raisons :

1. Le jardin est un système symbolique

  • les fleurs avaient leur langage chez les Égyptiens
  • les couleurs et les parfums des jardins Persans se lisaient comme un poème
  • les pierres sont porteuses de significations magiques, symboliques et philosophiques dans les jardins au Japon

2. Le jardin et la connaissance

Les formes que prirent les jardins et les pratiques religieuses sont intimement mêlées :

  • En Extrême-Orient les jardins étaient considérés comme des résumés du monde. Ils obéissaient à des règles artistiques et symboliques complexes ainsi qu’à des concepts porteurs d’implications philosophiques.
  • Les jardins étaient des supports de méditation (comme les Mandala Tibétains), des lieux d’évasion permettant d’accéder à la sagesse c’est-à-dire de porter sur l’univers un regard entièrement nouveau.
  • Le jardin Zen ne doit être parcouru que par l’œil.

3. Le jardin comme lieu de pratiques culturelles

Le jardin renferme et concentre une somme donnée de connaissances et constitue une sorte d’encyclopédie jardinière :

  • On y acclimate de nouvelles plantes, enrichit le répertoire végétal et le répertoire animalier (ménageries, volières et viviers).
  • Le jardin transforme le paysage par différents aménagements : terrassement, drainage, nivèlement. Le jardin géométrise l’espace, il irrigue et alimente les bassins et machines hydrauliques.

4. Le jardin comme lieu de pratiques artistiques

« L’art des jardins appelle à lui seul tous les autres arts » Marquis de Lezay-Marnesia

  • Lieu de transformation de la nature en paysage poétique ou littéraire

  • Lieu d’architecture. Les formes végétales naturelles ont inspiré les formes architecturales (armatures, voûtes…).

  • Parallèlement, l’art des jardins est une reconstruction de la nature (jeux spatiaux, perspectives)

  • Lieu de sculpture : mise en espace de matériaux naturels (rochers, arbres, eau), taille des végétaux (art topiaire), et sculpture monumentale (figures mythologiques et allégoriques).

  • Lieu de musique : murmure des eaux, des fontaines et bruissement des éléments dans les arbres (vent, pluie…)

  • Lieu de l’imaginaire, de l’étrange et du fantastique : labyrinthes, figures géantes, monstres et personnages pétrifiés.

  • Le jardin est le lieu par excellence où l’imagination et la création manifestent la multiplicité de leur génie.

L’innovation telle qu’elle est pratiquée dans le cadre de l’agriculture biologique possède donc un fort pouvoir de reconfiguration de la réalité par le biais de toutes ces images associées.

Ainsi, cette innovation permet le surgissement de possibilités qui a priori pouvaient sembler totalement improbables.

Dans un 2ème temps, on peut se demander quelles sont les questions éthiques soulevées par cette innovation

L’éthique désigne l’ensemble des règles, procédures et dispositions qui permettent d’agir de manière humainement digne et juste. La dimension de l’éthique conduit à définir des valeurs ultimes qui légitiment ou permettent de critiquer une action comme juste ou injuste, bonne ou mauvaise.

Les innovations, que l’on parle de leur conception ou de la manière dont elles s’imposent dans la société, posent des problèmes éthiques du fait que souvent elles n’ont pas été conçues en fonction des valeurs éthiquement défendables ou même simplement explicitement éthiques.

Par les surprises qu’elles causent et leur pouvoir de reformulation des usages et des représentations mentales, les innovations se situent souvent en amont de la réflexion éthique, et même parfois en avance par rapport à celle-ci.

Toutes ces raisons font paradoxalement que l’innovation stimule la réflexion éthique : l’innovation défie littéralement cette dernière par son pouvoir de renouvellement de la réalité, le monde qu’elle ouvre doit être appréhendé en fonction de valeurs, ce qui implique un examen des valeurs traditionnelles ou bien une réinvention de valeurs nouvelles

A partir de ce cadre très vaste, quelles questions pose l’innovation présentée dans le film de Britta Riley ?

  • Une première manière consiste à dire que cette innovation remet profondément en question le mode de production industriel classique, et qu’elle peut conduire à mettre en question les emplois traditionnellement associés.

  • Une autre manière de voir les choses consiste à suggérer par exemple que cette innovation révèle la capacité de stimulation éthique de certaines innovations ou formes d’innovation : inscrite dans l’agriculture biologique, cette innovation délivre une nouvelle image de l’activité productive. En effet, ce type d’agriculture est basé sur des critères éthiquement défendables tels que le respect de l’environnement, le développement durable, le souci de développer l’activité sociale (échanger des trucs et astuces entre jardiniers, …) et la formation des personnes (former au jardinage, …)

Cette innovation nous amène donc à regarder le monde en fonction de critères éthiques renouvelés, qui nous conduisent à considérer le monde habituel de manière critique : pourquoi l’activité productive actuelle n’obéit-elle pas à une telle logique ? Et que faudrait-il faire pour que ce soit le cas ?

Et vous, désormais, quel regard nouveau pouvez-vous porter sur l’innovation grâce à la philosophie ?

Ce billet, consacré à l’innovation sous l’angle de la sociologie, devrait également vous intéresser.

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