L’innovation vue sous l’angle de la sociologie

Murailles, le soir venu

Pour la sociologie, gérer l’innovation revient notamment à gérer de la complexité et de la diversité.

Si vous souhaitez la réussite de votre innovation, vous aurez besoin de mobiliser durablement un très grand nombre d’acteurs.

Vous souhaitez savoir comment ? Alors ce billet, inspiré du MOOC « Innovation et Société » devrait vous intéresser.  Un MOOC – massive open online course – est une formation en ligne ouverte à tous.

L’innovation vue sous l’angle de la sociologie

En sociologie, on envisage l’innovation notamment sous l’angle d’un réseau reliant différents univers sociaux : ceux de la production et de la diffusion, bien sûr, mais plus précisément ceux des laboratoires de recherche, des ateliers de conception et de fabrication, des bureaux d’études, des espaces de stockages et de vente, etc.

Toute innovation mobilise un réseau très divers d’acteurs humains et non-humains, et ce sont toutes les opérations qui permettent à ces derniers de communiquer les uns avec les autres qui lui donnent sa substance et sa dimension.

En ce sens, l’innovation n’a pas à proprement parlé de sources, d’origines, et il est impossible de prédire son avenir.

Ce que nous savons par contre, c’est qu’une innovation réussie parviendra à mobiliser durablement un très grand nombre d’acteurs. Son réseau sera très étendu et robuste, tant à un niveau micro-social qu’à l’échelle d’une société ou même, pourquoi pas d’une ou de plusieurs civilisations.

Prenons l’exemple de l’écriture :

Quelle technologie peut se vanter de concerner autant d’acteurs humains et non-humains, depuis autant de siècles, avec une telle variété ?

Considérez tout ce qu’il faut à une société telle que la nôtre pour savoir lire et écrire. Des enseignants, des élèves, des stylos, des cahiers, des livres, des articles, de l’encre, des plumes, des rotatives, des ordinateurs, des tablettes, des liseuses, des auteurs et des lecteurs, etc.

Le nombre d’acteurs mobilisés donne littéralement le vertige, et le réseau qui les relie trouve, depuis des siècles, le moyen de se renouveler par une série d’innovations diverses, dans les secteurs de l’édition ou de l’enseignement par exemple.

Utilisons l’exemple de Britta Riley, qui a inventé le « potager vertical ».

Pour nous reconnecter à la terre, cette citadine a inventé un potager malin qui se suspend à nos fenêtres. Grâce à cette technique, nous pouvons cultiver des plantes aromatiques, salades et fruits rouges, même dans les plus petits studios. La vente de ce potager est possible aux Etats-Unis. Les plans de fabrication sont disponibles en open source dans le monde

Lien internet : http://www.shamengo.com/fr/pionnier/97-britta-riley

Cette innovation (ce potager vertical) fait intervenir de très nombreux acteurs sociaux :

  • L’innovateur, c’est-à-dire Britta Riley qui a réalisé la première version de ce potager en collaborant avec un grand réseau d’autres innovateurs
  • Le jardinier. C’est celui qui fera pousser des plantes, chez lui, à l’aide de ce potager vertical
  • Le fournisseur de plantes. C’est celui qui vendra ou donnera les graines à faire pousser.
  • Le fournisseur de substrat (terre, argile, …). C’est celui qui vendra ou donnera les différentes matières qui aideront à faire pousser.
  • Le consommateur des produits issus de ce potager. C’est celui qui consommera les produits qui ont poussé dans ce potager.

Tout changement dans l’un de ces secteurs est susceptible de modifier voire d’altérer l’innovation concernée :

  • Si les fournisseurs de plantes ou de substrat modifient leurs principes de commercialisation, cela peut impacter l’innovation
  • Si ce n’est pas les fournisseurs, cela peut être la réglementation qui pourrait interdire la plantation à domicile de produits destinés à être consommés
  • Les modes de travail des jardiniers / consommateurs peuvent également avoir un impact sur l’innovation. En imaginant que le télétravail se généralise, c’est plus de temps pour jardiner (consommer) à la maison. Si au contraire, les déplacements se multiplient ou se rallongent, c’est moins de temps pour cultiver (consommer) chez soi.
  • Si les agriculteurs traditionnels  se mettent à commercialiser des produits frais de façon innovante (proposer des produits directement chez l’habitant, sous la forme « tournée des producteurs », plutôt que le déplacement du consommateur sur un « marché »), alors cela peut avoir un impact sur l’innovation
  • Enfin, si les architectes / les mairies / la règlementation en matière d’habitat développent la création de murs végétalisés et/ou la présence de jardins partagés (sur les toits, par exemple), peut-être que les futurs appartements auront tous à l’avenir leur mini-jardin. Ce qui pourrait avoir un impact sur cette innovation.

 

On voit par ces exemples qu’une innovation repose sur la constitution d’un réseau sociotechnique complexe, associant humains et non humains censés collaborer avec des intérêts parfois contraires.
Au-delà de l’idée initiale, l’innovation existe et se développe par une série continue d’ajustements et d’interactions complexes, entre de multiples acteurs.

Et vous, avez-vous cartographié l’écosystème de votre dernière innovation ?
Qu’avez-vous prévu pour mobiliser durablement ce grand nombre d’acteurs ?

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