Le Design Fiction, comment le mettre en œuvre ?

On l’a vu dans le billet précédent, le design fiction  permet de susciter le débat afin de décider d’un futur souhaitable. Dans cet article, vous allez découvrir comment installer une démarche de design fiction et comprendre pourquoi le design fiction est souvent présentée sous forme de vidéos.


« Et si…. ? »

C’est grâce à cette formulation que toute démarche de design fiction se présente, créant un doute sur des points de tension ou de friction. Car si le design thinking est là pour résoudre un problème d’usage en proposant un produit (et donc nous le faire acheter !), le design fiction veut nous questionner, dans une approche plus critique.

Les prototypes

Si les prototypes mis en scène permettent de matérialiser une situation, ils se doivent de laisser un large espace à l’interprétation du spectateur. Ces prototypes ont pour vocation à donner des points de repère, des mots-clés et non pas l’histoire complète. Enfin, les prototypes ont pour vocation d’aborder des sujets plus complexes par une mise en scène « invitante ».

Point important, si les prototypes sont présentés sous une forme réaliste et sérieuse, il ne s’agit pas que d’une fiction mais bien de design puisque la faisabilité technique, l’interaction avec l’utilisateur et le modèle économique sont étudiés.

La narration

Un prototype, oui mais encore faut-il lui donner vie. En effet, c’est à travers une narration sophistiquée – vidéo, scénario d’usage, site internet … et buzz médiatique – que les prototypes réussissent au public de questionner le futur et de débattre.

Les débats

Enfin, dernier ressort du design fiction, les débats, ce qui pose la question de la rencontre du projet avec son public :

  • Lors d’une exposition, par exemple dans un musée célèbre. Cependant, dans ce cas, en raison de l’énorme audience de ce lieu et surtout de l’hétérogénéité du public vis-à-vis du message porté par le projet, la qualité des débats risque d’être faible
  • Par le biais des media de masse. Là encore, les réactions risquent d’être superficielles, portant essentiellement sur le 1er niveau d’analyse (j’aime / je n’aime pas le projet)

On le voit, il n’est pas si simple d’obtenir un débat de qualité.

La rencontre avec le public

La question du design de la rencontre du public se pose donc. Quelques pistes pour y parvenir :

Sous la forme d’un canular

Organisez une campagne de communication sur un thème suffisamment clivant pour qu’il suscite l’intérêt du public et sois repris par l’opinion.

Exemple du projet des Yesmen, qui a copié la charte graphique de l’entreprise DowChemical (responsable de la catastrophe de Bhopal en Inde) pour poser la question de la responsabilité des entreprises.

Pour prolonger ce débat, le projet a également proposé un logiciel factice de « gestion des risques », qui en fonction de paramètres objectifs (nombre de morts, nationalité des personnes, …), quantifiait le risque acceptable pour une entreprise. Malgré l’obscénité de tels critères, certains investisseurs sont tombés dans le piège et ont voulu investir dans ce logiciel.

Lieux physiques

Certaines boutiques, réelles ou construites pour l’occasion, peuvent être le lieu parfait pour permettre au public de débattre in-situ avec des médiateurs, en manipulant des objets réels.

En synthèse, 3 niveaux de réglage du design d’une rencontre avec le public sont à prendre en compte :

  • Public : acteur vs. spectateur
  • Réception : individuel (vidéo, par exemple) vs. collectif (musée) vs. masse (media)
  • Implication : conception (co-réalisation avec le public) vs. implication (manipulation d’un objet) vs. diffusion (projection d’une vidéo)

Lecture supplémentaire : Un article en rapport avec les prototypes lors d’un sprint créatif.

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