Gérer un processus d’innovation, qu’est-ce que cela implique ?

Dans ce billet, je lançais l’idée d’une réflexion collective sur les indicateurs de l’innovation. Afin d’alimenter la discussion et engager le débat, je propose de brosser un petit état des lieux sur la notion de gestion du processus d’innovation.

Et vous, dans votre contexte, que mesurez-vous ?

  • Des indicateurs économiques, comme le chiffre d’affaires ou la part de marché des nouveaux produits
  • Des indicateurs non économiques mesurant d’autres résultats

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Gérer un processus d’innovation

Les inputs

Garel et Bertheau (Bertheau et Garel 2015) estiment que tout processus d’innovation consomme des ressources [temps et argent] et utilise des inputs immatériels [connaissances, relations entre individus].

Plus généralement, Le Masson, Weil et Hatchuel (Le Masson, Weil, et Hatchuel 2014) détaillent les inputs d’un processus de conception innovante :

  • les connaissances initiales des personnes en charge de l’innovation
  • le concept initial, formulé de telle façon qu’il favorise la réflexion sans orienter sur une solution particulière
  • les outils d’acquisition de connaissances, incluant les dispositifs de veille, l’accès aux expertises, les outils de prototypage et de de tests, …

Les productions intermédiaires

Pour Garel et Bertheau (Bertheau et Garel 2015), chaque processus innovant fabrique des objets intermédiaires tangibles (plans, maquettes, prototypes) ou immatériels (connaissances, réseaux de coopération ou d’influence). Ils sont potentiellement porteurs de valeur. Toute la difficulté consiste à les identifier et les évaluer.

En plus de ces objets intermédiaires, Bertheau et Garel estiment que déterminer la valeur de l’innovation en train de se faire, c’est aussi et déjà innover. Ici, on assimile valeur et bénéficiaire.

C’est également le propos de Vian (Vian, Gill, et Courtois 2017). Dans la méthode qu’il a développée, il distingue plusieurs natures de bénéficiaires : Un bénéficiaire peut être le demandeur (celui qui utilise), le client (celui qui paie, qui peut être différent du destinataire) et également un réseau plus large de parties prenantes.

Pour Bertheau et Garel tout comme Vian, la conclusion est la même : on qualifie d’abord la valeur (quels avantages, quels bénéficiaires,  dans quelles conditions) avant de la quantifier.

Et ce travail d’identification de valeur se fait au fur et à mesure de la construction de la solution, en interdépendance.

Les outils de gestion de la valeur

Bertheau et Garel ajoutent que les outils de gestion ne suffisent pas à l’identification de la valeur. Ce sont souvent les équipes elles-mêmes qui en développement, pour tester la pertinence des concepts proposés. Il peut s’agir, selon les cas, de maquettes, prototypes, scénarios d’usage, tableau des parties prenantes, …

Encore une fois, tant pour Bertheau et Garel que Vian, la construction de la valeur se fait progressivement, de façon itérative, par le biais non pas d’une raisonnement déductif, causal mais au contraire effectual. Selon la définition de Saras Sarasvathy reprise notamment par Silberzahn (Silberzahn 2015).

La valeur n’est donc pas un trésor caché à découvrir mais au contraire à construire

Garel et Rosier (Garel et Rosier 2007) proposent une définition de la valeur amont. Ceci permet la construction de la valeur lors de l’exploration d’un produit on d’un service nouveau avant son existence sur le marché.

En exploration, il est plus efficace de demander à des utilisateurs potentiels ce que le produit innovant leur permettrait de faire (plutôt que de leur proposer une liste préétablie d’usages possibles). Car l’utilisateur va détourner le produit pour ses propres besoins et donc définir, selon le terme des auteurs, un « effet-utile ».

Ceci impliquera de multiples rencontres avec des utilisateurs potentiels in situ, à l’aide de prototypes pour qu’ils puissent imaginer des usages possibles… et donc influencer la conception du produit.

La construction de la valeur a donc lieu en même temps que la construction du produit

Un outillage méthodologique en construction

Parmi les conclusions de l’étude de Bertheau et Garel (Bertheau et Garel 2015), la 4ème stipule que « l’utilisation d’une méthode de description issue de C-K s’est avérée pertinente pour tracer la progression de l’expression de la valeur dans tous les groupes observés ».

Dans le détail, on observe que la grille d’analyse utilisée est un détournement de la grille standard C-K. Elle inclut à la fois les principaux inputs – outputs de la conception innovante mais surtout, elle formule les valeurs potentielles de l’innovation.

La démarche proposée par Vian (Vian, Gill, et Courtois 2017) est plus précise sur le sujet puisque l’identification des bénéficiaires et de la valeur de l’innovation est traitée de façon plus systématique.

A ce stade, je formule l’hypothèse que combiner C-K pour le processus de conception innovante et ISMA360 pour la construction de la valeur permettrait des allers-retours féconds entre les deux.

A vous de partager votre point de vue !

Et vous, dans votre contexte, que mesurez-vous ?

  • Des indicateurs économiques, comme le chiffre d’affaires ou la part de marché des nouveaux produits
  • Des indicateurs non économiques mesurant d’autres résultats

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