De quelle innovation parle-t-on lorsqu’on veut la mesurer ?

Dictionnaire

Dans le dernier billet, je lançais l’idée d’une réflexion collective sur les indicateurs de l’innovation. Afin d’alimenter la discussion et engager le débat, je propose de brosser un état des lieux des définitions associés au concept d’innovation.

  • Et vous, dans votre contexte, quelle définition avez-vous pour préciser le terme innovation ?
  • S’agit-il d’un projet, d’un processus ou d’une toute autre activité ?

Ce point a son importance pour pouvoir envisager des indicateurs de pilotage et évaluer le résultat de l’innovation.

1. L’innovation comme un processus

Pour Loilier et Tellier, le processus d’innovation représente « l’ensemble des étapes qui vont permettre de passer d’idées plus ou moins nouvelles à des produits, services ou procédés exploités sur un marché ». Processus qui engendre incertitude et instabilité.

L’innovation comme un processus de conception

Dans cette lignée, Garel affirme que l’innovation est « un output non systématique de l’activité de conception ». Le processus de conception permet de passer d’un état désiré à la réalisation concrète. C’est une activité qui est dirigé vers quelque chose qui n’existe pas encore.

Le processus de conception innovante

Pour Le Masson, Weil et Hatchuel, inventeurs de la théorie C-K, ce processus de conception consiste à faire converger des concepts [qui relèvent du champ de la créativité] et des connaissances [savoir, savoir-faire, usages, connaissances techniques et scientifiques].

Dans ce cadre, ils distinguent deux types de conception :

La conception réglée, « lorsqu’un cahier des charges est donné et les compétences disponibles ». Dans ce cas, des indicateurs de pilotage de l’innovation du type qualité-coût-délais sont tout à fait adaptés, car la cible à atteindre est connue (=le cahier des charges).

Par opposition, la conception innovante associe :

  • « une activité d’élaboration de la valeur d’un objet innovant et
  • l’acquisition de nouvelles compétences nécessaires à sa fabrication ».

Lenfle ajoute que le projet de conception innovante représente « l’exploration d’un nouvel espace de conception dans lequel ni les concepts, ni les connaissances ne sont clairement définis au début, dans un cadre temporel lui aussi à préciser ».

Impossible donc de piloter une conception innovante avec les indicateurs qualité-coût-délais.

2. L’innovation comme un projet

D’autres auteurs associent projet et innovation (Brown et Eisenhardt), mais à condition que l’entreprise soit en mesure d’adapter ses méthodes de gestion de projet aux caractéristiques particulières de l’innovation.

Car l’innovation comme un projet particulier

En effet, Lenfle a montré que le modèle « classique » de management de projet devait être aménagé pour les projets d’innovation. Car il ne s’agit plus de converger vers un objectif précis et figé (le cahier des charges) mais au contraire de donner des degrés de liberté à l’équipe pour explorer un large champ des possibles.

L’innovation comme un projet d’exploration

Pour Garel, explorer c’est « produire et rassembler un ensemble de connaissances et de concepts sur un sujet mal délimité  afin d’orienter l’action d’un collectif ». Il s’appuie pour cela sur James G. March qui a défini le terme exploration comme « la recherche de nouvelles idées, de nouveaux marchés, de nouvelles relations ».

Garel poursuit en précisant qu’en exploration, « on ne sait pas exactement ce que l’on cherche, puisque l’objet même de l’exploration est de le définir ». Il ne s’agit pas de converger « vers » un objectif ou de réaliser « pour » un client (l’utilisateur n’est pas identifié). Au contraire, il s’agit d’explorer pour des résultats intermédiaires et provisoires bifurquant, le cas échéant, vers de nouvelles explorations.

Lenfle parle de projet d’exploration pour « toute démarche émergente, lancée sans demande précise d’un client mais lequel de nouvelles connaissances (scientifiques, techniques, d’usage) sont nécessaires ».

Ces projets d’exploration, en adoptant des méthodes spécifiques (expérimentation, multi-options poursuivies en parallèle, ingénierie concourante), permettent d’aboutir à une clarification des concepts et à une identification de nouvelles connaissances.

Cette définition ouvre donc des pistes pour l’évaluation d’un projet d’exploration

3. L’innovation vue comme un champ d’exploration

Pour Le Masson, Weil et Hatchuel, le champ d’exploration recouvre l’espace inconnu en termes de valeur pour le client (destinataires de la conception) et de compétences à développer.

Raisonner en terme de champ d’exploration permet d’engendrer un ensemble de projets d’innovation, ciblant éventuellement différents marchés ou s’appuyant sur différents composantes techniques.

Pour Touvard, « le champ d’exploration représente le périmètre à l’intérieur duquel on va travailler« . Il faut le positionner entre 2 limites à ne pas atteindre :

  • une limite trop étroite car alors on se focaliserait trop sur une idée (ex. dans l’aviation : le cockpit pour répondre aux nouvelles normes)
  • une limite trop large car trop diffuse (ex. le cockpit du futur)

Là encore, envisager l’innovation comme un champ d’exploration élargit la façon d’envisager la mesure de l’innovation.

A vous de partager votre point de vue !

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La suite, c’est ici : Évaluer l’innovation, qu’est-ce que cela veut dire ?